Tom Cruise sait tout faire. Dans son dernier Mission Impossible on a droit à une vitrine de ses talents (grimpeur, pilote de moto, sprinter) sur fond de compte à rebours nucléaire rouge vif. Mais il y a des films où l’acteur fait autre chose que montrer ses pectoraux de quinquagénaire et sauter en parachute. En gros il joue. Et plutôt bien d’ailleurs. Notamment dans un film que je trouve excellent, plutôt méconnu mais qui a eu un certain succès, j’ai nommé : Collatéral.

 

Deux hommes se croisent une nuit à Los Angeles. Max, joué par Jaimie Foxx (l’esclave rebelle de Django) est un chauffeur de taxi ancré dans une routine monotone, sans réel projet d’avenir autre qu’un rêve inaccessible. Son passager, Vincent (Tom Cruise) est un homme d’affaire froid, charismatique et sûr de lui qui conclut une affaire importante et doit visiter plusieurs clients au cours de la nuit. Il loue donc le taxi de Max jusqu’au matin pour une course nocturne au cœur de la mégapole...

 

Vu que j’ai la bande-son qui tourne pendant que j’écris, je suis obligé de
commencer par là. La majorité du film se passant dans une voiture, la radio
égrène une floppée de morceaux plus ou moins rythmés qui collent parfaitement aux magnifiques visions oniriques de ce Los Angles nocturne. La voiture avance au cœur des néons et des highways de béton, bercée par des morceaux de jazz ou de piano bar (je vous recommande l’écoute de « Destino de Abril »). Le ton est posé : ambiance cocooning au cœur de la sécurité illusoire d’un véhicule anonyme perdu dans la ville gigantesque. La nuit sera longue...

 

Mais le film ne l’est pas. Malgré un postulat de base scénaristique
assez simpliste, le rythme reste présent. Entre les deux
protagonistes une relation d’échange s’établit. Portée par un jeu
d’acteurs sans failles et des dialogues bien écrits qui tournent
entre philosophie de comptoir et nihilisme, ces deux personnalités
radicalement différentes finissent par déteindre l’une sur l’autre,
l’individu ordinaire étant éveillé par sa rencontre avec l’homme
hors du commun. Les moments du duo, brisés par chaque client
auquel Vincent rend visite, sont vraiment croustillants. Tous ceux
qui ont fait du covoiturage savent que la voiture devient une sorte de confessionnal où les gens peuvent se livrer sans conséquence, le passager et le chauffeur sortant définitivement de la vie de l’autre une fois le trajet fini. Cet aspect intimiste opposé au gigantisme de la cité est très bien travaillé et le film devient un thriller sombre avec de réels enjeux qui entrainent Max et Vincent à fonctionner ensemble de manière forcée et parfois même complice en dépit de tout ce qui les oppose. Une relation où chacun emprunte le courage ou l’humanité de l’autre mais sans jamais renoncer à ce qu’il est. Les deux personnalités opposées en tout, blanc en costard clair cheveux argenté et noir en tenue sombre bon marché, telle l’ombre et lumière, sont finalement fortes, réellement attachantes et laissent présager un dénouement convaincant.

 

Michael Mann le réalisateur de l’excellent HEAT prouve une fois
de plus sa maitrise de l’ambiance urbaine. On peut dire qu’il
donne vie à un 3ème protagoniste et c’est bien sur la ville
tentaculaire de Los Angeles elle-même. Magistralement filmée
en nocturne par des caméras haute sensibilité, on a affaire à un
quasi organisme infatigable, froid et anonyme, indifférent à la
détresse ou au plaisir des humains qui y vivent et y meurent.
Ses artères de bitume transportent inlassablement des
globules aux lumières rouges et blanches entre les divers
organes : quartiers d’affaires aux immeubles impeccables, clubs de jazz moribonds où seuls jouent encore quelques esthètes talentueux ou discothèques hurlantes saturées d’âmes qui cherchent juste à oublier. Pas de fond vert dans ce film qui nous embarque dès les premières minutes pour une nuit inoubliable. Parcelle anonyme au cœur de cet ensemble gigantesque, un destin exceptionnel se noue pourtant dans le taxi de Max qui semble isolé au cœur de la mégapole.

 

 

« Tu te fais combien en une nuit ? 300$ ? 350 ? Je te propose 600$ »

 

 

Vous ne verrez plus jamais vos Blablacar de la même manière.

 

 

« Il y a l’histoire de cet homme qui est décédé dans le métro. Il a fallu 6 heures pour s’en rendre compte, pendant tout ce temps il a fait l’aller-retour 3 fois sans que personne ne s’intéresse à lui »

 

 

Au niveau des anecdotes on a le plaisir de croiser Jason Statham pendant une demi-douzaine de secondes qui incarne son propre personnage dans « Le Transporteur », on retrouve Mark Ruffalo avant qu’il ne devienne vert, très musclé et en colère dans « Avengers » et la femme du Prince de Bel-Air : Jada Pinkett Smith.

 

De même Tom Cruise n’a pas attendu de faire le clown sur les toits
londoniens pour se prendre une vraie bonne gamelle gardée à l’écran par « criante d’authenticité ». Lorsque Vincent projette une chaise à roulettes à travers une vitre, l’acteur tombe lourdement sur le sol mais se relève et continue la scène qu’on a le plaisir de voir dans le film. Une sacrée maladresse dont il se relève sans conséquence mais qui contribue au rythme efficace et à l’authenticité de la scène.

 

Finalement ce thriller aux allures de road-movie urbain est l’un des meilleurs rôles de Tom Cruise et l’un des meilleurs films de Michael Mann. Loin des standards Hollywoodiens à grand spectacle filmés en studio, l’ambiance nocturne quasi-irréelle (un coyote sur la route ? ) de ce polar happe le spectateur jusqu’à la dernière minute sans qu’aucun écueil ne vienne gâcher le spectacle.

 

 

Merlin