Quand je mange un croque-monsieur je pense à Photonik.

 

 

 

C'est quasi-systématique. J'ai associé le goût du croque-monsieur à un passage d’une BD de super-héros 100% française où le personnage principal sauve un épicier d’une agression et accepte un simple sandwich en remerciement. Au moment où je lisais ça tapis dans l’arrière-boutique de la librairie de ma grand-mère- je grignotais un croque-monsieur maison, sorti chaud de l’appareil. Mon frère me dit « regarde, lui aussi il mange ». Trois vignettes peu courantes mais tellement lourdes de sens. Je sais maintenant que les « surhommes » nous intéressent plus par leur côté humain que par leurs exploits fantastiques. À l’époque, j’avais trouvé ça très...juste de représenter le super héros parfois fatigué après un dur combat, à la recherche d’un endroit où dormir... Il était comme nous avec les mêmes besoins, les mêmes préoccupations et lui aussi pouvait apprécier un bon croque-monsieur.

 

Tout comme Photonik, et loin des demi-dieux fantasmés par DC, les super-héros issus de Marvel étaient beaucoup plus proches de nous et du coup, beaucoup plus intéressants à découvrir. En février, mai et août 1992, sortaient en France 237 pages éclatées en 3 volumes pour un total de 80 francs (une fortune...). Cette fabuleuse saga cosmique : Le Défi De Thanos "The Infinity Gauntlet" (Le gant de l'infini), racontait l’histoire d’un titan prêt à tout pour plaire à la Mort en personne dont il était amoureux fou. Ce personnage à la fois cruel, surpuissant et pathétique fut d’emblée un pilier de l‘univers Marvel et il fait partie du panthéon des BD incontournables (avec «Le Sommet des Dieux », « Rork », le dyptique lunaire de Tintin, « Planetary », « Akira » et quelques autres...).

 

Ce 25 avril 2018 est sorti le film le plus cher de l’histoire du
cinéma qui raconte l’avènement de Thanos et qui a comme un
arrière-gout de croque-monsieur dévoré à la sauvette au fin fond de la réserve d’une librairie. Alors bien sur, Avengers 3 c’est l’aboutissement de 10 ans d’épopée super-héroïque scindée en 18 films au travers desquels l’œil du fan averti aura déjà tracé le fil conducteur de l’intrigue finale. Evidemment je ne vais pas parler de tous ces films. Le passionné les aura certainement vu (apprécié ou non), le bon parent les aura sans doute subi et les autres les auront ignorés. Bien qu’ils soient de qualités inégales il y a quand même de très bons moments au sein de cette décennie de cinéma (ma préférence va au 1er « Avengers » et aux « Gardiens de la Galaxie »). Mais quelque soit le film, il y a toujours ce plaisir inégalable de découvrir une histoire que j’ai lue lorsque j’étais jeune, une histoire digne de la mythologie grecque où même les dieux ont les défauts des mortels. Jamais, je n’aurais cru à l’époque voir ces histoires adaptées au cinéma un jour et tellement popularisées. Dans la salle, je m’amuse à chercher les quadras du regard, à me dire que nous sommes plusieurs à « savoir », à « connaitre ». Tout comme moi, ils ont lu « Strange » en cachette et ont attendu le prochain «Titan» ; tout comme moi, ils appellent Wolverine « Serval » car c’est le nom qu’il portait à l’époque.

 

Par un paradoxe étonnant, ce sont tout d’abord les héros DC (Batman / Superman) qu’on a porté au cinéma mais le genre n’a pas vraiment pris. Ce type de films au ton souvent enfantin restait un marché de niche pour geeks vieillissants et nostalgiques. Et encore plus paradoxalement, c’est la chute financière de la maison Marvel qui les a propulsés au sommet (largement devant DC) tel le phénix renaissant de ses cendres.

 

C’est ainsi que « Iron Man » le 1er film du Marvel Cinematic Universe voit le jour et son succès incontestable relance totalement les activités de la firme qui enchaine sur d’autres productions à gros budget. En 10 ans le monde a connu Ant-Man, la Sorcière Rouge et les Avengers qui sont sortis des pages de leur magazine pour faire partie intégrante de la culture populaire.

 

Tous ces films sont certes des blockbusters calibrés pour un public familial mais Avengers 3 qui clôture cette saga a un ton particulier. Malgré un rythme effréné et un humour pas toujours bienvenu, il enchaine les scènes iconiques pour le plus grand plaisir des spectateurs avertis. Le deuxième point fort du film et le personnage de Thanos qui sort vraiment des sentiers battus et fait un méchant vraiment convaincant qu’on adore détester. Il est évident qu’on ne peut l’apprécier à sa juste valeur que si l’on est un peu passionné et si on a vu les films précédents qui distillent peu à peu l’arrivée du titan fou. En lui-même le film n’a rien d’exceptionnel et le nombre de personnages montrés à l’écran autorise peu de temps morts.

 

Mais pour ceux qui comme moi ont salis les pages d’un Strange d’innombrables goûters, ceux qui ont pleuré la mort de Jean Grey, ceux qui ont connu le dessin fabuleux de John Byrne et les scénarii de Chris Claremont, ce film représente l’aboutissement de tout ce qu’on a rêvé de voir en terme de film de super-héros.

 

Jashugan Merlin

 

       1992 – « Que règle le nihilisme et la désharmonie »

 

 

       2018 – « Mon père peut exterminer la moitié de

                       l’Univers d’un claquement de doigts... ».