Chris

 

Christine and the Queens

 

 

Dans une époque qui ne s’enthousiasme que pour les débuts, Christine and the Queens ambitionne de raconter une histoire au long cours, comme les pop stars américaines de ses rêves (Michael Jackson, Madonna), dont l’album Chris ne serait qu’un épisode, le deuxième. Après l’héroïne sensible et lointaine de Chaleur humaine, voici donc une canaille androgyne mais sexuelle, une Marcheuse, qui cherche la bagarre et les corps-à-corps — Damn, dis-moi, premier extrait, sorti avant l’été, a donné le ton. D’où un son plus carré, plus agressif, un groove qui s’affirme. Les textes, que l’artiste aime tant crypter, pour mieux les faire sonner, parlent de désirs, déchaînés (Follarse, c’est-à-dire « baiser » en espagnol) ou frustrés et sublimés (Comme si on s’aimait). Mais aussi d’argent qui s’invite dans les étreintes(5 Dollars), et du pouvoir qui va avec. La chanteuse évoque ainsi sa vie transformée par le succès, l’étrange surplomb et le possible isolement qui en résultent. De là, elle revient à la solitude fondatrice de l’adolescence dans Machin-chose, superbe autoportrait en vilain petit canard du bahut : « J’suis forever Machin-chose, rêveur les yeux fermés, portes closes. »

 

Avec cette chanson, comme avec Les Yeux mouillés, Christine and the Queens suspend, à bon escient, l’homogénéité pop R’n’B de l’album, et s’épanouit dans une variété française proche de l’éternel Christophe — dont elle reprenait Paradis perdus sur Chaleur humaine. S’il manque, pour le lyrisme, un bijou du niveau de Nuit 17 à 52, qui fut la première chanson connue de l’auteure, avant son triomphe, Chris confirme une personnalité marquante et révèle un art prometteur de la métamorphose.

 



 

 

 

 

Serge Degottex