Le combat de deux Titans

 

 

Avant tout,  <Billions>  se veut être l’affrontement entre deux hommes haut-placés : Bobby Axelrod, gestionnaire de fonds et Chuck Rhoades, procureur fédéral.

 

 

Si Axelrod incarne le rêve américain, étant parti de rien et fait fortune, il ne s’agit pas d’un combat entre David et Goliath, mais de deux géants aussi ambitieux l’un que l’autre et déterminés à démontrer qui est le plus fort.

 

Le conflit au cœur de Billions est un de ceux qui se mesurent en millions – pardon, en <billions>. Rien en vérité qu’un énorme chèque et qu’une fierté remise au placard n’auraient pu résoudre. Si ce n’est que les gens concernés sont tout sauf prompts à laisser leur égo de côté.

 

 

Que ce soit Rhoades ou Axelrod, ni l’un ni l’autre n’est posé comme le bon ou le méchant de l’histoire. Si on ne peut pas blâmer l’équipe de Billions de vouloir dépeindre son univers avec toutes ces nuances de gris, il est légèrement regrettable que leur besoin d’éviter de stigmatiser Axelrod finisse par affaiblir Rhoades.

 

Les scénaristes ont passé plus de temps au cours de cette saison 1 à déchiffrer la personnalité et les motivations de Bobby Axelrod que d’illustrer les conséquences de ses actions professionnelles. Alors que Damian Lewis qui incarne Axelrod, se montre plus à l’aise dans le rôle et plus imposant au fil des épisodes, Paul Giamatti Chuck Rhoades se retrouve quelque peu coincé à jouer la même partition, trop définie par ses penchants sexuels et ses grands discours. Rhoades est une personne ambitieuse qui croit fortement en la justice, mais pour l’éloigner du bon rôle, Billions offre un portrait de lui étrangement rigide et très opportuniste pour noyer ses possibles idéaux professionnels.

 

 

Vulgarité et Sexe, les ingrédients de Showtime

 

 

Des milliards ont beau être en jeu, la haute finance n’a rien de sexy au fond. Si le pilote pouvait laisser supposer que Billions développerait d’ailleurs une réflexion sur le sujet, celle-ci est bien trop noyée dans les artifices propres à Showtime pour réussir à émerger – soit beaucoup trop de vulgarité et de sexe. Rien de mieux en fait n’exprime la dualité de Billions : une série pleine de promesses qui s’égare dans ses excès pour tenter de séduire alors qu’elle n’a pas besoin de tout cela.

 

Même si Billions a le mérite de ne pas tomber dans les clichés relationnels avec ses deux couples phares, et de dépeindre avec Chuck et sa femme une relation dominant/dominé comme n’importe quelle autre, cela n’efface pas pour autant la gratuité dans son langage et ses échanges sexuels qui ne servent pas très bien le propos.

 

Les dialogues à sous-entendus sexuels (terriblement grossiers le plus souvent) se révèlent trop nombreux et rien n’est moins attractif qu’un langage cru au seul profit de provocation ou de style. Dès que Billions calme légèrement le jeu, cela semble déjà plus naturel.

Maggie Siff, l’arme secrète de Billions

 

 

Si Billions reste une série s’intéressant à l’opposition entre deux mâles, c’est sans aucun doute Wendy Rhoades, incarnée par Maggie Siff qui s’impose comme le personnage le plus intéressant de cette saison 1.

 

 

Elle occupe une place ambiguë étant l’épouse de Chuck et la thérapeute de Bobby. Elle est une connexion particulière entre les deux univers, nous offrant la possibilité d’aller finalement dans l’intimité des deux figures masculines pour mieux saisir la personnalité de chacun.

 

 

Wendy n’existe cependant pas que pour mettre en valeur ses deux partenaires. Se présentant comme une femme intelligente et indépendante que Maggie Siff interprète avec grande classe, elle tire plus les cordes en coulisses que les deux hommes ne l’imaginent et elle permet donc de se questionner sur le pouvoir de l’argent.

 

 

Une gestion des enjeux chancelante, un final plein de promesses

 

 

Comme plus d’une série Showtime, Billions utilise des artifices peu inspirés pour pimenter ses premiers épisodes en attendant de trouver son rythme. Dès lors que l’équipe créative se détache de ses excès narratifs, les qualités se font plus visibles et laissent entrevoir une série qui pourrait être plus agréable à regarder.

 

 

Au fil des épisodes, le casting trouve définitivement ses marques et s’affirme, mais les scénaristes ont un peu trop fait progresser le récit à coup de dilemmes aux enjeux trop superficiels. C’est un problème qui s’étend d’ailleurs à la majorité des personnages secondaires qui ont des difficultés à exister par eux-mêmes. Aux vues du talent des deux acteurs en question, c’est un pur gâchis que l’on peut espérer être corrigé en saison 2.

 

 

Si Billions délivre une première saison qui se sera cherchée, la série se révèle définitivement dans un final qui se montre plein de promesses, car assumant finalement le point de départ du show. Billions a été présenté comme une confrontation entre deux hommes représentant deux formes de pouvoir, illustration d’une Amérique moderne où l’argent et les idéaux entrent en collision. Et même s’ils se sont surtout tournés autour durant ces 12 premiers épisodes, développant une haine palpable l’un pour l’autre, il fallait mettre de l’huile sur le feu pour justifier la suite. 

 

 

Carole Moreau