Allez viens, on passe le mur du son.

 

 

 

Oh oui, comme j'aime te retourner.

 

 

 

Ils étaient beaucoup à me parler de toi. Que d’éloges. Avec chacun leurs mots. Comme des déclarations d'amour. À me faire saliver. Un jour, je t'ai entendu. Mes poils se sont dressés. Alors je t'ai cherché. Le pas pressé, j'ai marché longtemps, partout, presque désespéré. J'ai même interpellé les passants. Heureusement, certains m'ont guidé. Le coeur battant à l'approche de te découvrir, un désir incontrôlable me poussait vers toi. Et puis je te vois là. Les yeux piquants d'étoiles brillantes, je te saisis presque brutalement pour que personne ne t'enlève, pour ne pas te perdre. Une main ferme et l'autre te caresse du bout des doigts. Une atmosphère irréelle règne autour de moi. Un gouffre à quelques centimètres. Je t'emporte dans une course folle jusqu'à chez moi. Plus rien n'existe. À bout de souffle je brave tous les interdits. J'y suis presque. Je claque les portes derrière moi. Enfin seuls. Je t'effeuille lentement, patiemment. Plus rien n'existe. Tout autour le silence. Et ce plaisir intense. Submergé par l'émotion, d'un geste incontrôlé je te retourne sans crier gare et je plonge mon diamant dans ton sillon. Un souffle fort et sourd envahit ma chambre. Ton feulement déchire mes entrailles et me raidit d'émotions. Rien qu'à moi. Ta petite musique m'envahit. Quel délice. Ils avaient raison. Le titre de ta face B est une tuerie.

 

 

 

En d'autres temps, la relation entre l'artiste et l'auditeur était physique avec le fameux disque vinyle ou encore la K7. Comme si on touchait le fruit délicieux de l’âme de notre idole. Et que dire de la création artistique de la pochette du disque ? Les fameuses "Covert art". Scandaleuse comme la photo de 1966 de Robert Whitaker de la pochette des Beatles "Yesterday and today", celle de 19 femmes nues de David Montgomery en 1968 de l’album de Jimi Hendrix "Electric Ladyland", ou encore "Two virgins : Unfinished Music Vol1" de John Lennon et Yoko Ono nus sur la pochette. À l’époque, sortir un album à la pochette outrageuse, c’était s’assurer la désapprobation des autorités et donc la sympathie de la jeunesse. "Qu’avez-vous à croquer, vous les nouvelles générations ?" lancent les papys et les mamys du "c’était mieux avant ?".

 

 

 

Au temps de Papy et Mamy.

 

 

 

Le 78 tours vit le jour au début des années 1900. Puis en 1948 apparut le Long Play le 33 tours lancé par Columbia Records. Le premier LP à avoir été pressé fut Columbia ML4001 un "Concerto pour violon en Mi Mineur de Mendelssohn" par le violoniste Milstein, accompagné du New York Philharmonic Symphony Orchestra, dirigé par Bruno Walter. Peu de temps après, RCA Records développa un format "Extended Play", un 45 tours de 17,5 cm, aussi connu sous le nom "EP". La société évolue, les clients ont de nouvelles attentes. La taille et la transportabilité furent les deux caractéristiques les plus reprochées au vinyle. Ce qui a amené l'industrie du disque à trouver d'autres solutions et à développer de nouveaux formats. 

 

 

 

  La cassette audio, la K7 en 1963. Elle fut inventée par Philips et présentée en Europe au Berlin Radio Show. Les premières K7 comportaient une face réversible, pour une durée de lecture maximale de 45 minutes de son stéréo par face. En 1964 la cartouche 8 pistes : une invention du trio RCA Records, Lear Jet Company et Ampex Magnetic Tape Company. En 1972, la disquette : généralement associée à la sauvegarde de données pour les ordinateurs, certains artistes ont commencé à distribuer leurs albums dans ce format. IBM introduisit la disquette 8 pouces en 1972, suivie par le modèle 5 pouces un quart en 1976, et finalement remplacée en 1982, par un format beaucoup plus pratique de 3 pouces et demi. En 1982, les deux compagnies Sony et Philips lancent le Disque Compac, le fameux CD.

 

 

 

Le son d’aujourd’hui.

 

 

 

Lancé en 1992, le MP3 connut son succès qu'en 1999 avec l'arrivée de Napster, le partage gratuit en "peer to peer" qui a généralisé la violation du droit d'auteur. En 2002 le streaming est accessible 24h/24 grâce aux portables. Les développeurs et les entrepreneurs ont compris la possibilité d'écouter et de découvrir la musique nouvelle sans avoir à télécharger des fichiers ou acheter des chansons. En un clic, des heures de son, du formaté par les Majors de l’édition musicale au Live en passant par le bœuf enregistré à la sauvage.

 

 

 

Et ma liberté de penser ? Le net et le téléchargement n'ont pas nuit à la liberté d'expression des artistes. Au contraire, jamais autant d'artistes n'ont pu s'exprimer librement que depuis l'arrivée d'internet, sans devoir passer par le filtre de l'industrie.  Au pays des droits de l'homme, les derniers formats permettent le piratage des oeuvres. Une atteinte aux droits d'auteur sur internet. La nouvelle technologie a toujours été l'objet d'utilisation abusive. C'est le prix du progrès. Heureux ceux qui sauront en tirer profit. Malheur à ceux qui ratent le virage technologique. 

 

 

Claude Serra