Le bonheur est un rêve d’enfant réalisé à l’âge adulte.

 

Sigmund Freud

 

 

 

 

Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais vous avez vieilli. Les années se sont incrustées les unes dans les autres sans vous déranger et puis un jour, vous vous demandez d’où vient ce poids sur vos épaules.

 

Moi, je me vois encore l’enfant de ma mère qui joue à son tour le rôle de la maman mais à la mode dinette. Le rôle d’une vie. Et je suis créative.

 

 

Dans mon esprit, je suis avant tout la fille de quelqu’un. Après tout, c’est le premier rôle que j’ai décroché. Dans mon esprit, je suis restée bloquée à 25 ans. Et quand je vois les gens, j’ai du mal à réaliser que ce monsieur aux cheveux grisonnants là-bas, est sans doute plus jeune que moi. Que cette dame, haute en talons, cintrée dans sa petite robe noire, était sans doute à la maternelle quand j’ai passé mon permis.

 

Alors forcément, je me demande comment les gens peuvent bien me percevoir. Mais je ne me pose plus la question quand le boulanger me dit « Bonjour MADAME », ou quand les jeunes me vouvoient, ou quand je ne comprends rien à Snapchat ou quand je mets 2 jours à rattraper une nuit trop courte. (Je dis 2 jours, comptez 2 de plus).

 

 

J’ai vieilli. Et plus je vieillis, plus je philosophe. Hier soir, j’expliquais à mon enfant la différence grammaticale entre nature et fonction. Et je ne m’arrêtais plus. C’est dur de vieillir, surtout pour ceux qui nous écoutent :

 

« Tu es un homme. C’est ta nature. Et tu es mon fils, c’est ta fonction. Tout au long de ta vie, tu auras différentes fonctions. Et pas qu’une seule en même temps. Certaines te feront vivre, d’autres te pèseront, mais beaucoup te rendront heureux. Fils, frère, amoureux, papa, plombier, avocat, à toi de voir. Mais garde en tête que tu resteras avant tout un homme. Que tu sois en haut ou en bas de l’échelle.

 

-…Donc, si j’ai bien compris maman, la nature du mot « oiseau » c’est d’être un nom et il a la fonction de sujet dans cette phrase mais celle de complément dans celle-ci ?

 

-Oui. C’était carrément plus profond ce que je te disais…mais oui. La grammaire est acquise. C’est bien. »

 

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que j’en suis venue à interroger Mireille enfant. Pas celle de 25, ni celle de 40. Mais celle qui un jour, tellement prise dans son jeu d’interprétation, avait avalé une cuillère rase de sable imaginant que c’était de la soupe.

 

« Avons-nous bien vieilli ? »

 

Et elle n’avait rien à dire. Et elle s’en fichait pas mal. Elle ne savait absolument pas de quoi je parlais. Elle n’avait pas un avis sur tout.

 

 

Les rêves d’enfants s’arrêtent à « Quand je serai grand(e). » Ils restent des rêves. Certains les réalisent comme Quentin, d’autres se retrouvent à changer de voie comme Aurélien. Mais les deux sont heureux.

 

Je ne suis pas d’accord avec vous Sigmund, le bonheur c’est juste de continuer à rêver et de changer de fonction aussi souvent que l’on veut. C’est avoir l’insouciance d’un enfant et ne pas se demander ce qui nous rendrait plus heureux. Parce que le bonheur se passe de question.

 

 

 

Mireille Gautier