Music to Be Murdered By (2020)

 

Album de Eminem

 

 

 

 

Eminem nous fait une Benjamin Button : à 47 ans révolus, le rappeur de Detroit n’a jamais semblé aussi proche de sa crise d’adolescence.

 

Il gesticule, s’énerve, semble en vouloir au monde entier dès que la moindre critique est formulée à l’encontre de son auguste personne. A 47 ans révolus, le Slim Shady règle encore ses comptes avec des gamins même pas trentenaires par diss tracks interposées… ce qui rend le clash Booba-La Fouine presque badass en comparaison. Et contrairement à Pusha-T, son talent est loin derrière lui (pour ceux qui en douteraient, allez écouter Daytona de toute urgence). Il n’est pas question ici de remettre en question son statut de légende vivante du rap, qui est indiscutable au vu de la production et de l’influence du Rap God dans les années 2000. Il s’agit plutôt de déplorer ce qui a tout l’air d’être une fin de carrière qui s’apparente à un lent et pénible chemin de croix. Après le catastrophique album Revival et le moins catastrophique mais puéril Kamikaze, Eminem a donc choisi de remettre le couvert avec cet album surprise Music to be murdered by, dont le titre et la couverture rendent hommage au cinéaste Alfred Hitchcok. Comme expliqué précédemment, à l’instar de Kamikaze, Eminem profite des 20 morceaux qui composent cet album pour glisser quelques piques aux rappeurs avec qui Slim Shady est en froid depuis plus de 2 ans. Non content de continuer à faire le troll en 2020, le rappeur de Detroit a également fait coulé beaucoup d’encre avec une punchline douteuse sur le deuxième morceau de cet album : “[…] But I’m contemplating yelling “Bombs away” on the game Like I’m outside of an Ariana Grande concert waiting” Cette phase, en plus d’être indécente et irrespectueuse pour des raisons évidentes, m’a choqué pour une autre raison : Comment peut-on dire des choses pareilles sur une chanson et sortir sur le même album la chanson Darkness, qui condamne les tragiques épisodes de fusillades aux Etats-Unis malheureusement devenus trop courants ? C’est au mieux de la maladresse de la part d’Eminem, au pire de la schizophrénie. Franchement, imaginez une seconde qu’entre deux appels aux dons pour le Téléthon, Bigflo et Oli lâchent en direct un : « Mon flow est tellement puissant Qu’il a fait exploser le Bataclan » En plus d’être complètement claqué, cela ferait scandale, et à raison. Et ce, même s’il faut préciser qu’Eminem a aidé à récolter des fonds pour les associations d’aide aux victimes des attentats de Manchester. De la schizophrénie je vous dis. Toutefois, il serait injuste de résumer Music to be murdered by à une simple addition dans le feuilleton (déjà bien garni) des joutes de Marshall Mathers et de ses déclarations controversées. Il s’agit surtout d’un très mauvais album et d’un naufrage musical. Il y a certes Darkness, seul morceau réussi où l’on retrouve tout le talent de narrateur du Slim Shady qui nous plonge dans un double récit sombre et haletant, entre les pensées chaotiques d’un Eminem sur le point de monter devant une scène vide, et la folie destructrice de l’auteur de la fusillade de Las Vegas de 2017. Le sample de Simon & Garfunkel utilisé sur le morceau s’insère d’ailleurs particulièrement bien dans cette ambiance pesante et macabre. En raclant les fonds de tiroir, on pourrait aussi dire que quelques invités de qualité viennent également rehausser un peu le tableau comme le regretté JUICEWRLD sur Godzilla, ou Q-Tip Et Black Thought sur Yah Yah (à la production malheureusement très cliché et démodée). Pour le reste, on est sur du très mauvais. On touche aux abîmes du ridicule avec Stepdad, In Too Deep, Marsh ou Farewell et leurs refrains sponsorisés Malaise TV. Putain mais même JUL aurait refusé de sortir un truc aussi pété, c’est encore plus cringe qu’une compilation des tik tok de Jujufitcat ! Comment tu veux me faire croire que Dr. Dre a supervisé la plupart des morceaux quand on entend des bouses pareilles ? Je pèse mes mots, nous ne sommes que le 17 janvier, mais le morceau Stepdad est un sérieux concurrent pour remporter la palme du pire morceau de 2020. Eminem use et abuse des artifices qui ont contribué à son succès, à base de flows nerveux et d’enchaînements millimétrés ultra rapides dont il a le secret. Le problème, c’est qu’il peine vraiment à trouver sa place sur des productions qui semblent ne pas avoir été taillées pour convenir à la technique et à l’ambiance du rappeur. C’est d’autant plus flagrant sur le très pop Those Kinda Nights ou les rythmiques trap de Lock it Up. Comme quoi, n’est pas mumble rapper qui veut… Eminem doit-il continuer à sortir des albums ? Commercialement, il a tout intérêt, et je ne me fais aucun souci quant au succès de Music to be murdered by, bien aidé par son très bon single Darkness qui saura toucher une Amérique encore meurtrie par les récents épisodes de fusillades qui l’ont touchée… Le Slim Shady peut également compter sur une fanbase extrêmement solide, qui ne jure que par le Rap God et qui continuera à crier au génie dès qu’il commencera à rapper vite en crachant sur la situation actuelle du rap ou sur Machine Gun Kelly. Ma position est toute autre, ce sera un grand « OK Boomer », et pour reprendre les paroles d’Earl Sweatshirt (ou Earl The Hooded Sweater) : “If you still follow Eminem, you drink way too much Mountain Dew” • En quelques mots: Il s’agirait de grandir … • Coups de cœur: Darkness • Coups de mou: TOUT • Coups de pute: La phase en reference aux attentats de Manchester sur Uncommodating, Stepdad, Lock it up, Those Kinda Nights, In Too Deep, Marsh, Farewell….

 

 

 

 

 

Marisa DIAZ