La figure du quartier ? C'est lui.

 

 

Déjà petit il m'impressionnait. Dans les jupons de ma mère, quand je passais près de lui, les hommes étaient nombreux autour de lui, comme un territoire à eux, à protéger.

 

 

Et puis d'autres jours, c'était au tour des mères à faire le brin de causette pendant que nous, les bambins, nous jouions tout devant. Regardez ces pimpantes amazones escortées de leurs cavaliers qui se jouent de lui. Mais pas trop. D'autres posent avec lui et se chauffent au soleil.

 

Le temps passe.

 

Un peu plus grand, notre bande de copains avait pris le relais. C'était notre tour.

 

Comme une institution et son dispositif technique. S'exposer avec lui dans l'espace public, c'est donner son corps à voir, à lire, dans ses vêtements, dans ses mimiques, dans ses postures.

 

Nous étions les occupants face aux autres, aux passants. Mais avec lui, il y a aussi le partage de l'espace occupé, des règles de co-présence, des médiations et donc des médiateurs.

 

J'observe les gens qui passent. Je suis au cœur de la vie, mais surtout en dehors, comme une cachette ouverte sur le monde.

 

Et quand il est là, il amène les gens à lui. Et ce, depuis toujours. En plus, certains diront que c'est gratuit.

 

Avec lui, en face à face, parfois même en se tournant le dos. Depuis ma fenêtre, je l'aperçois dans le parc. Tout là-bas sous deux marronniers, à l'abri du soleil qui tape fort. A y regarder de plus près, c'est vrai qu'il invite au repos et à l'échange finalement.

 

Au fil du temps, mon regard sur lui a évolué. Je ne comprenais pas pourquoi certains mangeaient le temps à la pause midi avec lui.

 

De plus, je ne comprenais pas pourquoi certains pouvaient passer une partie de la nuit avec lui, souvent clandestinement.

 

Sans lui, rien ne serait plus comme avant, c'est sûr. Je n'ose y penser. Car avec lui, "c'est la tentation à la dépose".

 

Le banc

 

Claude SERRA