Et si c’était moi Mister Étoile de mer 2019.

 

 

Le pas pressé, je serre mon sac bien fort dans une main et mon portable dans l’autre. Il vibre. Encore un nouveau message. Là je dis stop. Il y a quelques instants, j'ai juste eu le temps d’éteindre l’ordi du bureau que je dois filer à mon rendez-vous chez le docteur. Dans la salle d’attente , j en profiterai pour tchéquer tous ces envois reçus. Et mince, j'ai oublié de prendre une boîte à chat pour Flanflan. Ben oui. Il était tellement long à prendre ses décisions que je l'ai appelé ainsi. J'étais parti pour Fanfan, comme Fanfan la tulipe. Ça sonnait bien. Bon Flanflan lui va à ravir. J'ai presque fini de répondre à mes messages que je m'aperçois que tous les patients sont également penchés sur leur "tel". Je suis a peine ressorti qu’il vibre à nouveau. Je manque de le faire tomber en croisant un fou furieux courant et hurlant dans son kit main libre. Et lui qui klaxonne comme un dingo dans sa fourgonnette d'entreprise, pressé de mettre sa vie en danger et celle des autres pour gagner deux minutes.

 

Je crie, je hurle, laissez-moi tranquille. Je veux être le pape des escargot, Mister Étoile de mer 2019. Oui vous savez quand vous vous allongez sur le dos, les bras et les jambes écartées à regarder le ciel. Votre imaginaire vagabonde au gré du temps qui s'écoule, qui s’égoutte lentement. Moi je vous dis, avec l'été qui est là, le changement ce n est pas pour demain mais pour maintenant. Ah oui. Il y a urgence contre l'urgence. Marre de cette course à la performance, marre de combler les vides. Vive ceux qui font des siestes. Vive l’esthète, le dandy, le flâneur. Vive ceux qui « lâche prise", comme un accès à la sagesse et la disponibilité à l'autre.

 

Comme le dit Valérie Carayol « l'homme pressé reste l’image du héros, toujours actif, ne laissant rien au hasard, maîtrisant la nature et soumettant l’univers a son rythme. Bravant et surmontant les épreuves, il ne ralentit jamais le rythme, s’imposant, comme dans les films d'actions des successions d'épreuves et de défis… Cet ethos activiste, emprunt d'agressivité et de violence envers le monde… De la journée sans achat à la journée sans télé, des temps symboliques "d'inaction" sont proposés pour sensibiliser au caractère superflu des nombreuses pratiques de consommation de masse… La lenteur ou le retrait du mouvement : échapper au flux… ».

 

Alors oui, mettons-nous en mode "slow". Prenons le temps de « manger sur le pouce ». J’adore cette expression. Prenons le temps de s’arrêter chez le producteur du coin, de goûter à ses saveurs locales. Prenons le temps. On dirait que c’est un luxe. Ça me rappelle les paroles du groupe français Téléphone « …Est- ce que ça t'es déjà arrivé… de regarder comme ça la vie passer… Assis à la terrasse d'un café… ». Des instants, que dis-je, un hymne à la créativité. Cette suspension de temps est associée au bonheur qui prend le contre-pied de l'éphémère. Vive les temps longs comme le jardinage, le vélo et autres déplacements doux, les loisirs nature, les voyages aux modes de locomotions lents.

 

La farniente est à l'honneur. Vive la sieste au jardin. Oh oui, faire l’étoile de mer. Ronronron… Je me réveille en sursaut. C’est Flanflan qui est monté sur moi et qui réclame sa pitance. Le portable vrombit… Vivement l’été 2020 qui sait.

 

Claude Serra