Ça te dit de monter sur mon piton !!! -

« OOOh Mais qu’est-ce qu’il me dit celui-là ?

Goujat, va !

 

Il croit qu’avec son physique de rêve et son look de d’aventurier toutes les femmes fondent devant lui. Mais quel grossier personnage ? Il ferait mieux de revoir son vocabulaire et d’être un peu plus courtois déjà » lance Sylvie à son amie Béatrice - « Oh ben moi c’est quand il veut. Tu as vu la bombe que c’est. Je suis en vacances, j’en profiterai bien à fond » se lèche les babines Béatrice en faisant rouler les yeux à l’Indiana Jones local - C’est mon jour de congé demain. Je fais une belle randonnée jusque là-haut. Si ça dit à quelqu’un de monter sur le piton ? Interpelle Vincent le moniteur de voile du village vacances, l’Apollon qui attire tous les regards. Ah ce fameux Piton de la Fournaise. Un des plus actif volcan de la planète. Et celui-là garde le feu sacré à la fois destructeur et générateur de fertilité pour la population à travers les âges. Ici, la Vierge au Parasol protège gens, terres et bien des colères du Piton. Le christianisme, l’hindouisme, l’islam, le bouddhisme se côtoient. - Allez vient on y va, il connaît bien l’endroit. On fera des selfies avec lui. On fera râler les copines du boulot. Elles vont baver » insiste Béatrice qui se rajuste son haut de maillot toute excitée. - « Le rendez-vous est pris pour le lendemain. Au lieu de lézarder au bord de la plage et de la piscine, j’ai des envies de crapahuter, de transpirer, et hummm d’approcher au plus près une éruption avec ce corps de dieu grec du Vincent devant moi » se motive Béa comme l’aime l’appeler Sylvie. - Ok les filles, on se donne rendez-vous à cinq heures demain matin. Il y a de la route à faire. Il faut partir très tôt pour éviter les nuages et… - Cinq heures du mat !!! Oh punaise, qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour qu’elle arrive à ses fins. Qu’est-ce que je fiche dans cette galère » rouspète Sylvie. Après une vingtaine de kilomètres champêtre en voiture, une belle pause en plein milieu du paysage grandiose volcanique de la plaine des Sables, nous repartons. « Olalala son parfum. Je plongerai bien mes lèvres sur sa peau à lui » s’enivre déjà Béatrice. La voiture prend un chemin encore plus escarpé. « Notre bombe de guide veut nous faire marcher le moins possible car sur la carte, le temps de randonnée est fixé à 04h30. Vas-y Coco, fait monter ta charrette au plus haut. Je n’ai pas envie d’user ma carcasse au milieu de nulle part » souffle Sylvie Bien équipés, la petite troupe s’élance. La marche est complexe. Il faut s’adapter à toutes sortes de roches : des plaques, des laves cordées, des roches Aa, des bombes… « J’en ai une de bombe devant moi » s’émoustille Béatrice, « regarde-moi ce fessier Sylvie, ça ne donne pas des idées ? » Sylvie rougit dans un fou-rire. Au prix d’un sacré effort, l’objectif n’est pas loin. Tantôt attractif, le volcan apparaît comme un refuge, tantôt explosif et répulsif, il illustre le principe de haine selon Empédocle, et cette ambivalence : riche et complexe, ambigu, porteur de vie et de mort, métaphore de création et de destruction. Un espace organisé qui met en relations profondeurs et cieux, un espace à la fois souterrain, chthonien et aérien. Une « bouche à feu » avec son incandescence, ses projections et ses écoulements ; C’est une montagne qui s’éveille et résout l’impossible alliance d’un minéral animé. Conservateur ? Par Pompéi qui alimente les rêveries romantiques et postromantiques de chateaubriand, Madame de Staël, Latouche, Gautier, Nerval, Lamartine, Jensen et bien d’autres. Près du « puits d’enfer », certains entendent le mugissement des damnés et l’odeur pestilentielle de la chair qui grille, les anges maudits tombent dans un lac igné. Le diable habite dans un vaste pays souterrain. On dit que chaque fois que le volcan mugit, c’est le diable qui fouette, si fort que son sang coule hors des veines de la terre. A 2632 mètres d’altitude, un cratère de fou s’offre à nous. Vertigineux, sublime, impressionnant. Profonde de 360 mètres. Les vieux Réunionnais croient parfois aux âmes errantes (zom lé pa ramassé en patois), celles qui ne sont pas montés au paradis tandis que les ti bon dié (petit bon Dieu), dont Expedit le plus réputé, veillent. La famille locale croie au « mauvais œil ». Elle se tourne vers le sorcier : l’oreille du pays. « La bête est calme. Elle dort au fond, tout au fond. La bête est prête à se réveiller. Allez bel Apollon, extériorise ta virilité de feu gonflée de ta lave ardente » s’emballe Béatrice en le fixant de son regard de braise le corps luisant de transpiration, les muscles galbés. Vincent la fixe et dévoile un sourire complice… - « A notre retour, on va se faire un bain et on trinquera à notre rencontre avec « la bouche à feu… » articule Vincent, droit dans les yeux de Béatrice Faut maintenant tout redescendre… Et au plus vite…

 

 

Claude Serra